L’architecture traite essentiellement de la dimension spatiale, mais elle peut aussi être approchée comme l’étude d’un objet. L’objet, par sa matérialité, par sa structure, par son caractère, communique ; il exprime, il dit des choses. Ainsi, il définit l’espace, qui le définit à son tour. L’espace (ou le vide) et l’objet (ou le plein, la matière) sont deux aspects d’une même réalité. L’espace se manifeste avec l’objet, comme le silence est rendu audible par le son.
Les murs, les sols, les toits, ont une épaisseur, un poids, et des caractéristiques propres. Chaque matière, chaque élément de construction a son langage propre. Un mur en maçonnerie donne une impression de masse, de solidité, d’immobilité ; là où une paroi en bois ajouré donnera une sensation de légèreté ou de mouvement (grâce au jeu de la lumière). Chaque matière, chaque structure, génère une sensation particulière. Toutes ont leur vie propre, leur histoire à raconter.
Les formes et matériaux utilisés pour la construction de la partie existante de cette petite maison familiale ont directement inspirés les premières esquisses de son extension. Cependant, les choix formels et organisationnels tranchent résolument avec les options d’antan et visent à améliorer autant que possible les « points faibles » du système existant. Par exemple, pour l’extension, une toiture à deux pans avec ligne de bris a été préférée à la toiture avec ligne de coyau du bâtiment existant. Cette option permettant de maximiser l’espace disponible dans les combles, de créer un volume sur deux niveaux au rez-de-chaussée, de favoriser les relations entre étages et d’augmenter l’apport en lumière naturelle.
Le matériau utilisé pour la toiture de l’extension (zinc anthracite) permet également à l’extension de se démarquer du bâtiment existant. Les deux toitures ont dès lors chacune leur langage propre. En La façade arrière s’ouvre totalement vers le jardin (et le Sud). Elle est presque entièrement vitrée. Au rez-de-chaussée, le nouvel espace intérieur (cuisine/salle à manger) s’ouvre totalement sur le jardin et la piscine grâce à un châssis coulissant (avec ouverture sur l’angle).
Au premier étage, les vues et la lumière sont filtrées grâce à un grand élément en bois ajouré. Il permet de préserver l’intimité dans la chambre de l’étage, tout en limitant l’exposition au soleil. Au rez-de-chaussée, le mur situé dans le prolongement de la façade existante (le long de la maison) est réalisé en briques identiques à la maison existante. Le volume de l’étage, entièrement en zinc semble se poser sur ce mur massif d’une part et sur une structure légère – colonne en acier – de l’autre côté.
Au rez-de-chaussée, l’extension accueille la nouvelle cuisine et espace salle à manger. L’organisation de cet espace rectangulaire, orienté dans le prolongement du salon existant (située côté rue) et dans l’axe du grand et profond jardin, s’articule essentiellement autour d’un grand îlot central, qui est l’élément principal de la composition. A la fois pratique et fonctionnel, il permet aussi de marquer franchement un axe autour duquel s’organise le nouvel espace. Au bout de l’ilôt un espace où s’attabler est aménagé sous un grand vide aménagé dans le plancher du premier étage. Ce vide permet de créer une sensation d’ouverture, d’espace dans la cuisine, tout en offrant des vues vers le ciel depuis l’entrée et en permettant à la lumière de s’engouffrer plus profondément dans la cuisine.
L’ extension de cette maison combine plusieurs langages. Un mur en maçonnerie, massif, supporte l’ensemble de la structure légère (en acier) de l’étage. Le claustra en bois ajouré du premier étage se transforme, « bouge », avec le mouvement du soleil. Chaque élément de la construction joue un rôle particulier et entretien avec les autres un dialogue constant. L’objet n’est pas inerte. Il est vivant, il parle. A l’intérieur, le jeu de lumière produit grâce au claustra génère un espace « cinétique » ; il bouge, se modifie, à mesure qu’on le parcourt.
Au rez-de-chaussée, les limites physiques de la maison, entre l’intérieur et l’extérieur, semblent s’effacer. Ainsi, l’espace se dilate. La terrasse, la piscine, entre dans l’espace intérieur et vice versa. Le passage et les séquences sont néanmoins signifiées grâce à l’usage de matériaux différents au plafond ; le blanc à l’intérieur, le bois à l’extérieur – comme espace de transition -, et enfin la pergolas noire qui ouvre la perspective vers le ciel.
Ce projet exprime le refus d’un espace homogène, indifférencié, mais tend néanmoins à unifier autant que possible la diversité des éléments qui le compose.